Alternellternel
Carte de France des taux d'interruption des contrats d'apprentissage par région
Par

Baromètre Alternel : les contrats d'apprentissage interrompus, région par région

Temps de lecture estimé: 9 minutes

Le chiffre qui circule sur les ruptures de contrat d'apprentissage est national. La réalité que gère un directeur de CFA est régionale, et les deux peuvent s'écarter de 16 points.

Officiellement, 39% des contrats d'apprentissage sont interrompus avant leur terme (DEPP, InserJeunes, cumul 2022-2023 et 2023-2024). En Pays de la Loire, on est à 30%. À La Réunion, à 55%. Une équipe relations entreprises à Nantes et une à Saint-Denis n'exercent pas le même métier sous le même titre national.

Voici la première édition d'une série que nous rafraîchirons à chaque mise à jour d'InserJeunes, trois fois par an. Les niveaux régionaux ci-dessous sont les chiffres publiés par le ministère lui-même. Ce que nous ajoutons, calculé depuis les données ouvertes, c'est la pièce que personne ne publie : la dispersion à l'intérieur de chaque région, pour qu'un directeur voie où se situe son établissement sans que personne ne le classe.

Ce que mesure cet indicateur, précisément

La métrique est la « part des contrats d'apprentissage interrompus avant leur terme » de la DEPP : le risque qu'un contrat soit rompu plus de deux mois avant sa date de fin initialement prévue, sur la durée prévue du contrat.

Deux choses qu'elle n'est pas.

Ce n'est pas le taux de rupture DARES que vous lisez dans la presse (22% des contrats 2024 rompus dans les neuf premiers mois ; 33% des contrats 2022 sur la durée totale). Dénominateurs différents, fenêtres différentes, rattachement à l'employeur plutôt qu'au CFA. Ne comparez jamais les deux chiffres entre eux.

Ce n'est pas non plus un taux de décrochage. Un apprenti peut rompre un contrat, signer chez un nouvel employeur et obtenir son diplôme. InserJeunes suit cela séparément, sous le nom de « taux d'interruption de formation », et cet indicateur-là classe les régions autrement. L'interruption de contrat est un événement de la relation employeur. C'est exactement pour cela qu'elle relève du radar d'une équipe relations entreprises.

Le classement régional

Chiffres officiels DEPP, apprentis en dernière année de formation, cumul 2022-2023 et 2023-2024 :

RangRégionContrats interrompus avant termeApprentis (dernière année)
1La Réunion55%13 644
2Corse47%2 323
3Provence-Alpes-Côte d'Azur45%50 557
4Île-de-France42%118 052
5Occitanie41%51 211
6Hauts-de-France40%47 672
7Guadeloupe39%3 026
8Guyane39%1 218
9Martinique39%1 438
10Grand Est38%45 150
11Nouvelle-Aquitaine37%54 006
12Auvergne-Rhône-Alpes37%76 854
13Centre-Val de Loire36%22 712
14Normandie35%33 656
15Bourgogne-Franche-Comté34%27 745
16Bretagne33%31 351
17Pays de la Loire30%46 412

25 points séparent les deux extrémités. Et le motif ne tient pas aux petites régions : l'Île-de-France, avec 118 000 apprentis en dernière année, est à 42%, cinq points au-dessus du niveau national. PACA, à 45%, interrompt trois contrats sur sept.

Avant que Nantes ne salue : un taux régional reflète le tissu sectoriel local, la taille des entreprises et le marché du travail au moins autant que les pratiques des CFA. Les 55% de La Réunion en disent plus sur la structure de son économie que sur ses écoles. Le tableau localise le problème. Il n'attribue pas la faute.

La surprise par niveau de diplôme est plus petite qu'annoncé, et plus grande

Un résultat qui a circulé à partir des données ouvertes plaçait le BTS devant le CAP en interruptions, joli récit du « plus le niveau monte, plus ça rompt ». Sur les chiffres officiels pondérés, il s'évapore : CAP et BTS sont à égalité, à 42%.

L'écart qui mérite l'attention est ailleurs :

Niveau de diplômeContrats interrompus avant terme
CAP42%
BTS42%
Autre niveau 341%
Bac Pro38%
Brevet Professionnel38%
Autre niveau 536%
Autre niveau 432%
MC niveau 322%
MC niveau 415%

Les mentions complémentaires s'interrompent à 15-22%, contre 42% pour le CAP et le BTS. 27 points d'amplitude entre types de diplômes. Les formats courts, spécialisés, post-diplôme, tiennent leurs contrats radicalement mieux que les deux grands formats d'entrée et de bac+2. Si le mix de votre école penche CAP-BTS, votre risque de base se situe structurellement en haut de la fourchette, quelle que soit votre région.

Ce que la moyenne cache : la dispersion dans votre région

Aucune publication officielle ne vous donne ce qui suit, et c'est la raison d'être de ce baromètre.

Une moyenne régionale est un mauvais miroir pour une école isolée. À partir des données ouvertes InserJeunes (par établissement, donc calculées au niveau des CFA, ce qui les situe un peu sous les niveaux officiels pondérés), nous avons calculé les bandes de quartiles du taux d'interruption à l'intérieur de chaque région. Lisez la ligne de votre région et placez-y votre propre chiffre :

RégionMeilleur quart sousMédianeDernier quart au-dessus de
La Réunion37,0%50,0%65,4%
Provence-Alpes-Côte d'Azur31,5%44,0%54,7%
Île-de-France25,0%36,5%48,0%
Grand Est27,2%36,2%46,0%
Occitanie27,0%36,0%47,6%
Hauts-de-France27,8%35,5%45,7%
Normandie25,3%33,7%41,8%
Centre-Val de Loire26,0%33,5%38,5%
Bourgogne-Franche-Comté25,3%33,0%40,4%
Auvergne-Rhône-Alpes25,4%33,0%43,0%
Bretagne22,8%31,5%40,2%
Nouvelle-Aquitaine22,9%30,6%41,8%
Pays de la Loire17,7%25,5%34,6%

(Nous ne publions pas de bandes pour la Corse et les DOM : moins de 20 établissements y portent une valeur dans les données ouvertes, trop peu pour une distribution.)

La dispersion intra-régionale écrase l'écart entre régions. En Île-de-France, le meilleur quart des établissements est sous 25% pendant que le dernier quart dépasse 48%. Deux CFA sur la même ligne de métro peuvent vivre dans deux mondes statistiques. Quel que soit le rang de votre région, la marge de manœuvre à l'intérieur est énorme.

Pour trouver votre propre chiffre : les données ouvertes InserJeunes sont publiques et interrogeables par UAI sur data.education.gouv.fr, pour les taux d'interruption par niveau comme pour les indicateurs d'insertion. Une minute, sans compte.

Rompre des contrats et insérer des diplômés sont deux problèmes distincts

InserJeunes publie aussi une « valeur ajoutée » pour chaque CFA : le taux d'emploi de ses apprentis six mois après la sortie, moins le taux qu'un modèle statistique attend compte tenu du profil des jeunes, des formations offertes et du chômage local. Positif : l'école fait mieux que son contexte.

On s'attendrait à ce que les écoles qui tiennent leurs contrats insèrent aussi bien leurs sortants. Les données acquiescent à peine. Sur les 1 914 CFA disposant des deux indicateurs, la corrélation est faible (r = -0,21, environ 4% de la variance). En coupant à la médiane du taux d'interruption et à zéro de valeur ajoutée, 44% des établissements tombent dans un quadrant hors diagonale : ils tiennent leurs contrats mais insèrent en dessous de l'attendu, ou ils perdent des contrats tout en plaçant leurs sortants mieux que prévu.

Stabilité des contrats et performance d'insertion sont largement indépendantes. Une école qui lutte contre les ruptures a besoin d'un travail côté employeurs : qualité de l'appariement, relation tuteurs, processus de replacement quand le contrat casse malgré tout. Une école à valeur ajoutée faible a besoin de tout autres leviers. Diagnostiquez-les séparément, parce que réparer l'un ne réparera pas l'autre.

Méthodologie, en clair

Source : Depp, plateforme de données ouvertes data.education.gouv.fr, traitement Alternel. Les taux régionaux et par niveau sont les chiffres officiels publiés par la DEPP (classeurs extraits en février 2026, couvrant les années scolaires 2022-2023 et 2023-2024 cumulées ; ce cumul signifie que deux éditions consécutives partagent une cohorte). Les bandes de quartiles et l'analyse de valeur ajoutée sont notre calcul sur les données ouvertes par établissement (dernier millésime « cumul 2023-2024 », mis à jour le 20 juillet 2026) ; ce sont des statistiques au niveau des établissements, non pondérées par leur taille, ce qui explique qu'elles s'établissent sous les taux officiels pondérés. Les valeurs manquantes sont supprimées par la DEPP pour les petits effectifs et exclues de nos calculs, jamais imputées. Nous ne publions pas de tendance pluriannuelle pour le moment : un millésime manque dans la série ouverte, et le panel d'établissements a triplé depuis 2018, ce qui contaminerait toute courbe. Et une règle maison : aucun CFA n'est jamais nommé ni classé ici. Les données permettent à quiconque de classer les écoles. Nous travaillons pour elles, donc nous publions les bandes et chaque directeur se situe lui-même.

Le script de calcul et les tableaux sont reproductibles ; le jeu de données se met à jour trois fois par an, et ce baromètre suivra.

Alternel travaille sur le versant employeur de ce problème précis : trouver et qualifier les entreprises du territoire d'une école, pour que les appariements démarrent mieux et que les replacements après rupture démarrent plus vite.

Si vous voulez la prochaine édition dans votre boîte mail, ou une lecture de votre région face à vos propres chiffres, dites-le-nous. Une conversation, pas une démo.

Sources

  1. DEPP - InserJeunes, apprentis sortis en 2023-2024, données régionales : taux officiels d'interruption par région et par niveau, effectifs d'apprentis.
  2. data.education.gouv.fr - InserJeunes par CFA : données ouvertes par établissement derrière les bandes de quartiles et l'analyse de valeur ajoutée (Licence Ouverte 2.0).
  3. DEPP-DARES - Note d'Information n° 26-27, insertion des apprentis : résultats d'insertion compagnons, 73% en emploi salarié deux ans après.
  4. DARES - Séries longues : le contrat d'apprentissage : les taux de rupture DARES distincts (22% à neuf mois, cohorte 2024), cités pour le contraste.
  5. InserJeunes - site public : la plateforme de référence pour chercher un établissement par nom ou par UAI.

À ne pas manquer

Le marché caché de l'alternance : les entreprises qui ne vous ont jamais dit non
2026-09-02

Le marché caché de l'alternance : les entreprises qui ne vous ont jamais dit non

En 2021, seuls 17% des employeurs privés recrutaient un alternant. Parmi les petites entreprises sans apprenti, 44% n'ont jamais envisagé l'option. L'État fait déjà tourner un algorithme qui repère 300 000 entreprises à fort potentiel d'embauche par mois, sans offre publiée. Votre liste de prospection est plus petite que votre marché.

Lire la suite
Les quatre casquettes : où passent vraiment les heures d'un chargé de relations entreprises
2026-09-01

Les quatre casquettes : où passent vraiment les heures d'un chargé de relations entreprises

Le référentiel officiel des métiers n'a pas de code pour le chargé de relations entreprises. La fiche de branche découpe le rôle en quatre blocs, enterre la prospection d'employeurs dans la dernière puce de l'un d'eux, et le calendrier empile les quatre sur les mêmes semaines d'automne. Un portrait du métier le moins cartographié de l'apprentissage.

Lire la suite
Aide à l'embauche d'apprentis en 2027 : ce qui est acquis, ce qui est promis, et quoi dire aux employeurs
2026-08-31

Aide à l'embauche d'apprentis en 2027 : ce qui est acquis, ce qui est promis, et quoi dire aux employeurs

Les pages en tête des résultats pour « aide apprentissage 2027 » promettent encore 6 000 euros garantis jusqu'en 2027. C'est faux deux fois depuis 2025. Voici ce que couvre réellement le décret en vigueur, ce que le ministre a promis pour 2027, et le script honnête pour la question que tous les employeurs posent au T4 : y aura-t-il encore une aide si on signe en janvier ?

Lire la suite
Rentrée 2026 : le playbook placement dans un marché qui se contracte
2026-08-19

Rentrée 2026 : le playbook placement dans un marché qui se contracte

La rentrée est dans trois semaines et une partie des promos n'est pas bouclée. La fenêtre légale pour signer court jusqu'à mi-décembre, l'aide à l'embauche jusqu'au 31. Voici comment exploiter les quatre mois qui restent, échéance par échéance, secteur par secteur.

Lire la suite